Rappelons, tout d'abord, ce qu’est une « commune nouvelle ». Pour le savoir, il faut consulter les textes actuellement en discussion au Sénat et ne pas se contenter d’exégèses. Car une « commune nouvelle » n’est rien moins qu’une fusion de communes élargie à un même établissement public de coopération intercommunale (EPCI), autrement dit, à une même communauté de communes. Au fond, la «commune nouvelle» est une « super-Loi Marcellin », pour ceux qui se souviennent du premier dispositif datant de 1971.

Autant dire que toutes celles et tous ceux qui plaident pour la fusion de communes en Pays Foyen, et ils sont heureusement de plus en plus nombreux, peuvent difficilement juger anachronique ou inopportune la logique des futures « communes nouvelles » qui va dans le sens de leur préconisation. Droite et gauche confondus, cela va sans dire, car l’intérêt d’un territoire doit dépasser, dans certaines circonstances, la question des seules couleurs politiques. Et je me réjouis, je le dis comme je le pense, que le Maire de Pineuilh ait rejoint ma position sur ce dossier.

Mais il faut revenir à l’essentiel : pourquoi plaider pour une « commune nouvelle » en Pays Foyen ? En d’autres termes : pourquoi plaider pour une fusion de communes élargie à l’ensemble des 15 communes du Pays Foyen qui vont, je le rappelle, de 78 à 4201 habitants ? La réponse me paraît évidente : parce que nous sommes tous confrontés à une même série de questions. D'autres diraient : à une même série de difficultés.

Première question : oui ou non le Pays Foyen est-il en train de décrocher ?

A lire le cahier des charges en vue de l’élaboration, par la communauté de communes du Pays Foyen, d’un « projet de territoire du bassin de vie », la réponse ne fait aucun doute : c'est oui, malheureusement.

Je dirais même qu’un grand nombre d’indicateurs sont désormais passés au rouge… Un revenu médian sensiblement inférieur (de 3.000 euros par an) à la moyenne départementale, une croissance de la population en dessous des dynamiques girondines, une concurrence commerciale de plus en plus assumée par la zone urbaine de Bergerac, un secteur viticole en difficulté dont les exploitants sont pour 2/3 âgés de plus de 50 ans posant un vrai problème de transmission de l’activité, une multiplication inquiétante des logements vacants, et pas seulement dans le centre historique du Pays Foyen : autant de réalités incontournables auxquelles l’ensemble de nos élus locaux est chaque jour confronté. Il est donc urgent de réagir. Et je ne crois pas que le Pays Foyen puisse se payer le luxe d’attendre.

Deuxième question, conséquence de la première : oui ou non le Pays Foyen doit-il réfléchir à sa propre réorganisation territoriale, donc institutionnelle ? A en croire un grand nombre d’acteurs économiques et d’élus locaux, la réponse est tout aussi, indiscutablement, oui.

Il suffit, pour s’en convaincre, de lire l’un des passages du document évoqué plus haut : «Libourne souhaite renforcer son ancrage territorial à travers la création d’une communauté d’agglomération. Le Pays Foyen de par son positionnement géographique périphérique n’a pas manifesté le souhait d’être intégré au périmètre d’étude. Parallèlement, l’aire urbaine de Bergerac se fédérera autour de la ville centre à travers une communauté d’agglomération à proche ou moyen terme. Dans ce contexte, quel avenir pour le bassin de vie foyen ? » CQFD.

Troisième question, la plus importante, celle de l’outil qui permettrait la meilleure et la plus efficace des réorganisations territoriales en Pays Foyen. Sans perdre de vue l’objectif numéro 1 : affirmer notre existence alors que tous les indicateurs nous classent dans la catégorie des « territoires périphériques en perte d’attractivité ».

C’est sur la question de « l’outil » que le débat peut et doit se faire jour. En prenant pour principe de base une réalité essentielle, stratégique et même vitale pour notre territoire : sa composante urbaine (70% des 14.258 habitants du Pays Foyen sont concentrés sur 4 des 15 communes de la CDC) et rurale (représentée par 11 des 15 communes de notre bassin de vie).

Or, sur ce dernier point, ma conviction est d’une fermeté totale : le Pays Foyen n’aura d’avenir que s’il continue de marcher sur ses deux jambes. Sa jambe rurale et sa jambe urbaine. Là réside notre identité et nos sources de développement futur. Il faut donc identifier ensemble l’outil capable, à la fois, de remédier à l’éclatement des structures communales et de maintenir l’équilibre et l’équité entre le pôle « urbain » et la composante « rurale » de notre territoire.

Les « outils » de réorganisation territoriale, nous les connaissons.

1- Le premier consisterait à plaider pour le maintien de l’existant. Je crois pouvoir dire que plus personne, ou presque, ne croit à cette hypothèse, sauf à ne pas voir en face la réalité vécue par notre territoire.

2- Le deuxième consisterait à conforter la communauté de communes du Pays Foyen en augmentant ses compétences et/ou en l’élargissant à d’autres territoires alentours. Cette hypothèse aurait l'avantage d'être extrêmement consensuelle puisqu'elle se bornerait à améliorer l’existant mais sans s'en donner ni les moyens, ni les ambitions. Ce serait un coup d’épée dans l’eau.

3- La troisième consisterait à fusionner les seules quatre communes urbaines du Pays Foyen, à savoir Pineuilh, Sainte-Foy, Port-Sainte-Foy et Saint-Avis-Saint-Nazaire. Je le dis sans détours : ce serait déjà une réponse essentielle aux questions que se pose notre territoire. Avec, toutefois, un inconvénient majeur que je suggère aux Maires des communes dites « rurales » d’étudier avec la plus grande attention : consolider le noyau urbain du Pays Foyen, et lui seul, reviendrait à mettre les communes rurales à l’écart des dynamiques futures.

Je m’explique. En fusionnant, les quatre communes urbaines « dirigeraient », de fait, le Pays Foyen. Leur force d’entraînement serait telle que les communes rurales n’auraient aucune marge de manœuvre, budgétaire notamment, pour orienter les politiques locales.

En clair, il y aurait, d’un côté, un pôle urbain unique de près de 10.000 habitants, avec un Maire, un conseil municipal, un budget, une fiscalité, et, de l’autre, 11 communes dites «autonomes» mais dont l’autonomie serait une pure fiction… Que pèseraient 11 communes représentant un peu moins de 5000 habitants face à une structure communale monolithique, dotée de moyens budgétaires autrement plus importants que les leurs ? La réponse est contenue, me semble-t-il, dans la question…

Oui, je suis favorable à la fusion de Pineuilh, Sainte-Foy, Saint-Avis et Port-Sainte-Foy. Je l’ai même mise en point d’orgue de la campagne municipale pineuilhaise en 2008. Mais si nous voulons maintenir un équilibre et une véritable équité de développement entre la dimension urbaine et rurale du Pays Foyen, nous devons convenir ensemble que l’hypothèse d’une fusion du seul pôle urbain serait un mauvais coup porté aux communes rurales et, de fait, à leur autonomie qui ressemblerait alors à un isolement (consenti, certes, mais ce n'est pas une raison suffisante...).

Permettez-moi d’ajouter ceci : je vois d’ici le paysage ! Un Maire pesant 10.000 habitants et près de 10 millions d’euros d’investissements par an, présidant qui plus est la communauté de communes du Pays Foyen, croyez-vous qu’il écoutera le Maire d’une commune dite «autonome» de 500 habitants ? Pardon de le dire, mais je crois pouvoir affirmer que non...

4- La quatrième option est celle que le projet de loi sur la réforme territoriale intitule «commune nouvelle» mais qui n’est, au fond, qu’une fusion de communes portée à une échelle plus large : celle de la communauté de communes du Pays Foyen dans son ensemble.

Pourquoi cette solution a-t-elle aujourd’hui ma préférence ?

Parce qu’elle serait la seule permettant de doter notre territoire d’un pôle institutionnel fort, sans mettre les communes rurales au bord du chemin.
Parce qu’elle impliquerait et entraînerait l’ensemble du territoire Foyen dans une même dynamique.
Parce qu’elle reposerait sur une logique de bassin de vie et de population, donc sur une logique d'activité économique et d'emplois, et non sur le découpage urbain/rural.
Parce qu’elle signifierait une gouvernance partagée et une répartition équitable des projets sur l’ensemble du territoire.
Parce que, réunis au sein d'un même ensemble, le seul pôle urbain ne pourrait pas imposer ses règles et ses ambitions aux dépens des populations rurales composant le Pays Foyen.

Je crois à cette solution, en dépit des conseils et des recommandations qui me sont aimablement suggérées, y compris par des amis.

Certains me disent, et je les écoute : dans le cadre d’une commune nouvelle, crois-tu que l’on se préoccupera du fossé à tondre, de la voirie à rénover, du trottoir à refaire à Eynesse, à Ligueux ou ailleurs ?

Je leur réponds : si tu y crois dans le cadre d’une communauté de communes, il n’y a aucune raison que tu n’y croies pas dans le cadre d’une fusion de communes élargie.

L’aide à domicile comme le portage de repas pour les personnes âgées, qui relèvent déjà de l’intercommunalité, ne s’arrêtent pas aux frontières des seules communes urbaines. C’est un service déployé à l’échelle de notre territoire, y compris dans sa composante rurale.

Je pourrais donner mille autres exemples du même type !

Beaucoup de communautés de communes girondines ont d’ores et déjà transféré à l’échelle intercommunale la compétence « voiries ». Croit-on que les rues y sont moins bien entretenues qu’ailleurs ? Au contraire ! Car, dans la plupart des cas, les capacités techniques des intercommunalités, en particulier leur outillage mécanique, est de qualité bien supérieure à ce qu’une commune de faible taille est en capacité de se payer pour elle seule.

Autre exemple : pendant la période de froid qui s’est abattue sur le Sud Ouest de la France au début du mois de janvier, beaucoup de routes ont été rendues impraticables par le gel. Là où une commune seule ne peut pas se payer le luxe d’acquérir une «sableuse» pour maintenir la circulation sur les axes routiers, les intercommunalités, elles, en ont les moyens. Et c’est la sécurité de nos concitoyens qui est alors mieux assurée.

Notre travail, pour les mois à venir, est double : engager la réflexion sur la réorganisation du territoire Foyen et faire acte de pédagogie sur l’intérêt d’une fusion communale, élargie de préférence, pour tenir les deux bouts de notre territoire : rural et urbain. En d'autres termes, tentons de mener une réflexion approfondie, sans agiter les épouvantails qui sont si faciles à exciter...

Pour conclure, je le redis, avec insistance : tout projet qui accentuerait la frontière entre les territoires urbains et ruraux de notre bassin de vie ferait courir un risque majeur au Pays Foyen.

La fusion des quatre communes urbaines serait une innovation déterminante pour notre avenir, mais elle se ferait immanquablement aux dépens du respect et de l’identité des communes rurales.

C'est pourquoi je préconise d'aller au-delà.

Cela s'appelle une proposition, pas une provocation.